lundi 19 février 2018

Puigsacalm (1514 m) et Puig dels Llops (1486 m)

Après ma balade "pluviale" de la veille contée ici (clic), la météo tenait ses promesses, cela en paraissait irréel.Quel matin à mon réveil à Joanetes, petit village proche d' Olot en Catalunya!!


Les vallées étaient certes noyées de brume  mais au dessus de ma tête, la montagne s'habillait déjà d'ocre pour saluer dignement le soleil. Je brûlais d'impatience de faire sa connaissance!


Joanetes : la montagne au petit matin, je vais là haut


Des langues de brume s'effilochaient, ourlées de rose, dans un mouvement langoureux, le printemps sonnait à la porte de ce matin rieur. Même les oiseaux s'en donnaient à coeur joie!



Je ne traînai pas et grimpai au Col de Bracons, à 7 km, lieu de départ pour le Puigsacalm.
Tout en bas dans la vallée (zoom)


Ce n'est pas une montagne de grande envergure mais elle a un caractère bien trempé, se jetant dans le vide du haut de verticales falaises tourmentées. Elle m'offrait l'attrait de la nouveauté, j'avais parcouru 100 km sous la pluie pour la retrouver, elle avait donc décidé de me faire honneur avec ses plus belles couleurs!
Détail de la morphologie de cette montagne 

Col des Bracons : 1212 m, limite entre deux provinces, Gérone et Barcelone. Le départ se fait de façon musclée et originale : une petite falaise à escalader!

8 h 53, je démarre 

Sans transition on entre dans la hêtraie dénudée, qui partage son territoire avec des buis, il en sera ainsi jusqu'au sommet. Je me sens un peu ridicule avec les guêtres que j'ai mises plutôt pour l'humidité, je n'aurai pas à les regretter. Le sol est détrempé, glissant au possible car glaiseux.


Le sentier serpente gentiment plutôt dans l'ombre, dans le silence et la solitude. Mais elle sera une denrée rare aujourd'hui : on randonne beaucoup là bas. Et les bois vont retentir de voix, de foulées sur les feuilles sèches, de vie, enfin. Accompagnée par quelques chants d'oiseau. Oui ça vit et ça bruit.



Mes guêtres ne seront pas ridicules, la neige est rapidement là, le marche plutôt côté nord et ouest, mais il ne fait pas froid...enfin je n'ai pas froid...car tous sont chaudement vêtus.
Je me sens incroyablement bien dans ce décor .









Le parcours est compliqué par la neige gelée: c'est juste verglacé et très glissant , les crampons conviendraient bien à mon âge ! Après la première chute, brutale et lourde je vais redoubler de précaution, la hanche douloureuse. Je marcherai plutôt "sur les trottoirs enneigés" et moins durcis et ce jusqu'au sommet. Je croise des trailers, ils n'échappent pas aux chutes mais sont plus agiles. Les randonneurs en Catalogne ont une génération (si ce n'est une et demie) de moins que moi.




La font de la Tornadissa, une petite fontaine peu fréquentée en cette saison est dans l'ombre d'une pente fort gelée, en dessous de ces grands hêtres : ici le chemin tourne résolument vers la droite et débouche sur un vaste plateau où l'on a envie de dire "wouaouhh!". Ce sont des prairies, des pâtures, et tout au nord, la longue et étincelante chaîne des Pyrénées captive mon regard.


Ils sont là, sagement alignés, je ne les reconnais pas tous mais il y a le Puigmal, la Tossa Plana, le Geant, le Costabonne et d'autres encore.


Le Canigou
La Pedraforca aussi montre sa splendeur



Avant que la forêt ne m'avale , aussitôt franchi le portillon de bois délimitant les pâtures. Ultime morceau de chemin, empli de lumière, le sommet se devine. Peu pentu, peu pointu mais
ouvrant sur des à pics vertigineux, des falaises tourmentées et des paysages à couper le souffle : Puigsacalm, 1514m, 10 h 46.


La Pedraforca

Joanetes (1er plan) et la Vall d' Enbas sous la brume

Joanetes au zoom


El Montseny au fond et le torrent de brume de La Calma entre les deux montagnes


Notre Canigou
Il y a du monde au sommet et un randonneur me conseille le Puig dels Llops (des Loups) que j'avais inscrit à mon programme. A peine un peu plus modeste il est moins fréquenté mais plus "rock and roll" à mon goût. Je me régale de ce tronçon séparant les deux pics : en crête, à l'aplomb des falaises, enneigé et ensoleillé c'est magnifique !

Le pic dels Llops (haut gauche) et le relief tourmenté


Le Puigsacalm vu du Pic dels Llops , la crête et le vide



Montée au Pic dels Llops


1486 m

La Vall d'en bas et la chapelle de Sta Magdalena del Mont dans la neige

Bien qu'il soit de bonne heure, je préfère redescendre, le chemin est fort glissant, je ne vais certes pas courir !!
La neige étincelle au grand soleil tandis que des thermiques montent avec grâce le long de la muraille et s'évanouissent dans les airs comme une longue chevelure



Je redescends d'un bon pas croisant une foule assez dense de marcheurs et de chiens ! Qu'est ce qu'il y a comme chiens !




Je marche avec un beau paysage devant moi, les blancs sommets, les vallées émergeant de la neige de dimanche dernier, la nature s'ébroue.
Vidrà


Je plonge en forêt redoublant d'attention, si ce n'est gelé, c'est boueux, ça glisse de partout!
Je suis prudente mais je descends vite et bien, satisfaite de moi !

Glacé ou boueux ? Prudence oblige

Pourtant ce ne sera ni l'un ni l'autre qui auront raison de mon équilibre mais mes deux chaussures (ou guêtres) s'accrochent ensemble, les grosses sottes, et je fais un vol plané, tête la première sur une pierre du sentier . Rien de grave : le nez en sang, les lunettes par chance intactes, des courbatures qui me feront quelques souvenirs...J'ai eu beaucoup de chance...

Alors arrivée au grand soleil, rien ne vaut un petit réconfort !

Temps de descente depuis Els Llops : 2 h15


Je viens d'en haut et par d'autres chemins j'y reviendrai...Un projet original, au printemps, quand les sols seront secs et la hêtraie en bourgeons, ce sera tellement plaisant. ça va vraiment me plaire ! Cela devrait aussi vous plaire, ce chemin au curieux nom de Cami dels Ganxos.

Pic de Puigsacalm


En chiffres
Dénivelé positif cumulé : environ 400 m
Temps de marche : 4 h 15
Trajets en voiture : 320 km

vendredi 16 février 2018

Balade Catalane, ou les chemins du hasard

Il faisait un temps très maussade ce week end dernier, ce qui n'étonnera personne, la France entière est dans ce cas. Et ça dure On est en hiver, certes mais depuis longtemps les saisons ont un goût bizarre.
Le vent violent semblait même épousseter les montagnes et me bouta hors de France, je savais où il fallait aller pour lui échapper.

Battu des vents, le paysage chez moi
Drapeau catalan


L' Ariège étant trop lointaine et mal lotie côté météo, il me restait donc la Catalogne, plus proche et...côté sud des montagnes quand même. Et puis j'aime aller en Catalogne.
Je n'y allais pas pour randonner, juste pour rouler.

Le Boulou, La Jonquera où le vent me secoue, Figueras, Vilafant où le vent rend les armes, Olot enfin, les pieds presque dans la neige. Je quitte les voies rapides (on roule à 100 côté Espagne) et je comptais partir sur une minuscule route que je découvris un jour par pur hasard. Je compris vite qu'elle risquait d'être enneigée; je n'ai aucun équipement pour le kangoo sinon une bêche de vigne...
Il est à côté d' Olot, petite ville sympathique encombrée de radars,une route qui grimpe de côtes en tunnels et rejoint Manlleu. Une simple route (100 km/h) qui, lorsque je passe le dernier col m'envoie en plein visage une vue unique : la Pedraforca enneigée. Impossible de me garer, impossible de photographier. La suite de ma journée sera de rencontrer un site haut perché pour retrouver ma montagne mythique.

Cela sera un véritable parcours du combattant. Il fait beau, le ciel est bleu, il n'y a pas un souffle de vent et si l'air est frais, il est très bien accepté. La neige habille délicatement le paysage à partir de 1100 m et dessine d'un coup de pinceau les reliefs, leurs failles, leurs lignes, c'est joli, c'est vivant.


Chaîne du Puigsacalm (Olot) 1514 m


 Je pique vers Sant Pere de Torello, un village sans grand cachet mais juste un peu perché. Trop bas pour la Pedraforca. Avec ses 584 m d'altitude, il lui manque 200 m pour la vue aérienne de la Pedraforca. J'avise alors un monastère très haut perché, une route qui y conduit, mais ce n'est pas celle ci. Ce chemin du hasard est très bucolique, conduit à une ferme et "es tallat" me dit un promeneur , il est coupé.

Monastère de Bellmunt 1247 m

J'arrive à trouver la route du monastère de Bellmunt, le Beau Mont, où trône cette solide bâtisse religieuse érigée sur la falaise.
La route est belle : sinueuse, étroite, le kangoo se régale. Le site est classé et présente de belles forêts, de superbes points de vue et une géologie remarquable.


Panorama de bocage : Sant Pere de Torello


Montagne très escarpée
pour monter au monastère

Verticalité ensoleillée
Escalader c'est bien
Tomber, un peu moins


Bien vite la neige fait son apparition. La route devient interdite mais j'y suis j'y reste et je ne serai pas la seule, ce qui va bien compliquer la situation. Je croise une série de motos, double quelques vélos mais devenue à voie unique et fort encombrée, j'ai l'angoisse de la rencontre.

La voie étroite

Qui ne tarde pas ! Je recule, on se croise et je repars. C'est un mur, des ravins, aïe...Le monastère grandit et se rapproche , juste au dessus de ma tête mais le terminus est là, encombré de voitures sur un minimum de surface: comment faire demi tour puisqu'il n'est pas possible de se garer? Le kangoo tournant sur place comme un tracteur agricole, je redescends, croisant d'autres inconscients, on se croise façon rodéo, en voilà un perché sur une boule de neige !! Je suis morte de rire.


Le monastère perché et inaccessible

Face à lui, les dentelles de Montserrat


Il est trop tard pour grimper à pied au monastère et trop tard pour espérer voir la Pedraforca.

Pas trop tard pour manger: il est 14 h...l'heure de l'apéro là bas. San Quirze de Besora, en bord du Ter - qui naît là haut dans les montagnes et dont on croise toujours la route liquide - me fournit le carburant, je suis à jeun depuis hier soir.

Le Ter à San Quirze

Au menu : canelons, galtes(joues) de porc et pa d'ous (pain d'oeufs)
le flan catalan

Sitôt mon repas dégusté, je file vers un éventuel point de vue . Santa Maria de Besora...les souvenirs remontent, tristes. J'avais dormi là, escaladé ce château que je découvre sous ses multiples visages , voyagé avec ma petite Lison alors que j'étais triste du suicide de mon ami Camille. J'avais confié à mon blog mon chagrin tout neuf (clic) je suis à présent triste de leurs deux absences...


Le château de Sta Maria que j'ai visité en 2015
Santa Maria de Besora


Moment farniente, face à l'église et au château


La vue à l'envers, depuis le château (zoom) Avril 2015




Je  monte sur Vidrà et la neige qui l'habille, c'est beau, c'est froid , je retrouve le monastère de dos et la Pédraforca qui offre sa double tête mais non ses pieds: enfin j'ai réussi à la revoir, ma montagne de coeur! Double comme un coeur...Cette montagne que j'ai dans le coeur. Mais fort loin encore pour y accéder.

Route de Vidrà


Le Monastère de Bellmunt de dos
accessible par une piste de terre (enneigée)



La Pedraforca enfin !!



















Vidrà : le dernier village de la route à 979 m d'altitude; ensuite part d'ici la toute petite route enneigée qui va vers Olot, ce morceau de chemin de hasard si beau au printemps mais qui pourrait être si traître sous mes roues dans la neige. Vidra glacée et animée vaut le voyage.


Neige gelée, faut s'accrocher !

Monuments de Vidrà 


Dès lors, je peux amorcer mon retour qui se fera par une route classique , que je connais aussi mais je les connais toutes !!
Dans cette région il y a beaucoup de choses à découvrir lors de randonnées que je n'ai pas faites : des cascades, des bouches d'air glacé sorti des montagnes, des grottes; un patrimoine rural, volcanique , religieux, des trésors enfouis entre collines, bois et ruisseaux. Quand je randonnerai bien vieille.....et peut être même avant!
Château de Sta Maria




Sa seule nouveauté sera la neige, omniprésente, dès les 1000 m ou moins, donnant à cette journée d'été un petit air décalé. Et une fin d'après midi fort frisquette.

La route d' Olot et la montagne de Puigsacalm 1514 m
par le Col de Bracons 1012 m

J'arrive à Olot, posé bien à plat dans une vallée à l'air glaciaire mais à la réalité volcanique.


Plaine d'Olot et Puigsacalm
L'hiver aux portes de la Garrotxa (région d'Olot)
La ville et ses horribles radars, la voie rapide et ses radars...que c'est pénible !!
Au terme de 320 km et je ne sais combien de radars, pour le moins une dizaine, je serai chez moi. La tramontane féroce m'empoigne à Vilafant, vent de face qui me fera tanguer comme un radeau ivre jusqu'à la maison.
Mais ces chemins de hasard pour rien au monde je ne m'en fusse passée.... 







Pour revoir sur mon blog une rando musclée :la Pedraforca en un clic