jeudi 4 janvier 2018

Finir l'année suspendue dans les airs : la Via Ferrata

Il y a longtemps qu'on m'avait proposé cette Via Ferrata. C'était resté un projet inachevé. Suspendu. Puis on me l'a re proposé et cela a pris le même chemin des oubliettes.
Alors, sans trop y croire, je l'ai suggéré à Ludo.
Il ne m'a pas laissé le temps...Le temps d'angoisser, ou de faire machine arrière. C'était oui, pour deux jours après, le dernier jour de 2017.
Il m'a juste dit "Il faut de la force dans les bras"...
Sûre de moi, pour une fois, presque fanfaronne : de la force ? Moi ? Mais bien sûr j'en ai ! Pour un peu j'aurais "joué les gros bras".
Et c'est sans appréhension aucune, après une nuit sereine à Lesquerde, le village voisin, que je retrouve Ludo près de la voie.
Le site : la falaise est côté droit de la Clue de la Fou , le passage étroit où coule l' Agly
C'est là que se trouvent les sources chaudes

Nous commençons par jouer les Mac Gyver: je n'ai pas de baudrier, on en fabrique un, à quatre mains, Marque Déposée..sur mes cuisses.
Harnachée, casquée, gantée, nantie d'une longe, je me retrouve au pied d'un mur que j'avais observé par deux fois et là...le petit pincement d'angoisse. Enfin, il était temps d'angoisser!

La falaise d'escalade 

Le parcours (1ere partie) retracé par Ludo

Je pensais suivre Ludo mais non il me fait passer devant. Gravir une échelle sur un mur ? Pensez donc! Les échelles ça me connait! J'ai grimpé sur des toits, j'ai cueilli des cerises à 9 m de haut...Euh...oui mais là, l'échelle qui m'est imposée ne ressemble...à rien de connu . D'abord elle n'est pas inclinée mais bien verticale (le pire restant à venir mais par chance je l'ignore) et puis ses barreaux, on ne les monte pas en se propulsant avec les jambes mais en tirant avec les bras; enfin leur espacement n'a rien des barreaux de nos échelles familières. Les premiers mètres, cela va, les suivants aussi d'ailleurs jusqu'au moment où ça tire vraiment, parce que l'échelle se renverse un peu et que donc elle est inclinée...mais en avant enfin en sens inverse de la normale, et puis qu'il faut parfois traverser la falaise latéralement au lieu de verticalement, et puis...et puis...toutes mes photos du début sont ratées tellement tremblent mes bras ! De fatigue .



Passage vertical (ph Ludo)



Passage transversal (Ph Ludo)


Et il n'est pas question de redescendre, c'est impossible. Donc une fois engagé, on y reste ! Je n'envisage pas un instant de renoncer, toutefois.
A part ça je me régale ! Je ris, plaisante, n'ai pas peur ni vertige et suis bien assurée d'arriver au ciel. Pour le ciel, il y a quand même 300 m vertical, au fond c'est comme si on escaladait la tour Eiffel, non  ?
J'émerge !
Je suis contente lorsque la première falaise est "avalée". Là se trouve le premier pont de singe : euh...je prends la déviation et laisse à Ludo les charmes du funambulisme au dessus du vide!



Les barreaux de l'échelle , la longe et ses mousquetons (sécurité)
et le vide


En fait la difficulté de cette Via côtée difficile c'est que l'essentiel des difficultés est au début: quand on n'a jamais fait ça, on découvre et du costaud, de surcroît. En guise d'échauffement il y a plus soft...oui mais pas là bas.
Je photographie un Ludo suspendu en plein ciel, là il n'y a pas que les mains qui tremblent : ses câbles oui, et mes jambes et mon coeur...la peur!

Le premier pont : Ludo suspendu, haut dans le ciel

Voyant que Ludo a survécu et me rejoint frais comme un gardon, je repars le coeur léger. Je suis rassurée. Et puis je suis bien assurée. Par ma mutuelle certes, mais par mon baudrier et mousquetons sauf qu'en pleine falaise faut rejouer la Mac Gyver. Plus tard lorsque Ludo m'expliquera ce qui se passe si on tombe...je me félicite de m'être répété: "t'es là pour grimper, pas pour tomber !".

Mon "guide" bénévole

La Clue de la Fou : en bas passe l' Agly
Les anciens thermes, propriété privée
actuellement

Le reste du parcours comprend des passages/promenade alternant avec quelques courts passages très ardus de mon point de vue de débutante sénior.
Parfois l'enjambée est trop grande et un pas d'escalade (merci mes trois séances de décembre 2016) me permet de me hisser, parfois c'est tellement incliné vers moi que j'ai une petite overdose d'adrénaline et d'angoisse (plaisante).
Quand la fatigue est un peu trop présente, je me suspends un peu par le bras, le vide en dessous de moi, les pieds bien à plat sur un barreau, et je gère ma respiration : le confort.

La curieuse du jour
Chemin faisant, nous discutons. Ludo fait cela pour m'éviter du stress et moi je fais cela car...je suis une hyper bavarde !

Mon ressenti ? Une joie hors normes (que les jeunes vont se moquer !), du pur régal, les paysages étant sublimes, et puis aucune appréhension.
Je m'amuse, tout simplement.


La ravie du jour :Hourrah !!

De l'admiration aussi ! Pas pour moi, mais pour Ludo qui a pris de gros risques d'emmener sur ce parcours là une débutante senior munie de bras...de senior..."Tu sors mémé, tu es courageux"  dis je à ce jeune homme qui pourrait être mon fils .J'ai retrouvé mon énergie, ma force, je ne tremble plus, je prends des photos.


Côté sud et nos véhicules tout en bas

Tiens justement le câble disparaît derrière l'arête : où va t'il ?
Mais sur la falaise nord, où notre chemin de fer, horizontal ou vertical, plafonne au dessus d'un immense vide. Le village est à 200 m en contrebas, le pied de la falaise un peu moins. Cela m'indiffère, je n'y pense pas. C'est tellement beau...Les fossiles marins nous accompagnent de leurs formes et éclats anthracite. Je suis dans mon élément : la roche, les fossiles, le calcaire. Rugueux, il blesse la peau.

Face nord : notre chemin s'y balade

Sculpté par le vent, un très vieux genévrier

Monsieur au balcon

Même lieu vu d'en bas : on s'est baladé quelque part vers le haut

En pleine paroi sur cette face nord
Bon ce n'est pas la face nord de l'Eiger, non plus !


En haut c'est magnifique ! Ces montagnes enneigées, au loin, ce Canigou, le Bugarach, et tous nos pics familiers qui nous accueillent. ce n'est pas pour rien qu'elle se nomme "La Panoramique".
Par chance il ne fait pas froid (j'ai viré les gants, je préfère sentir le fer et la roche) et surtout pas de vent. Une journée douce.

Massif du St Barthélémy enneigé (Ariège) et Pic de Soularac 

Le Pech de Bugarach (Aude)

Là se trouvent avant le sommet trois festivités : un pont de singe, un pont himalayen et un canyon à franchir "en opposition", soit un pied de chaque côté. Je m'essaie au pont de singe et je me sens comme un poisson dans l'eau au pays où les corbeaux sont rois.


Il ne faut pas regarder où on met les pieds, paradoxalement, ni d'où on vient ni où on va, ni le vide. On avance, c'est inné, cela va tout seul. Ah je regrette le premier que j'ai contourné...presque j'y retournerais!

Pont de singe : on se déplace latéralement

Le pont suivant, plus long (27 m), dit himalayen n'a jamais eu un client ayant le vertige. Aucun "vertigineux" n'a franchi les premiers mètres de la via. Et elle en fait 900. Classée D et construite en  2009



Pont Himalayen


Je me retourne pour la photo

Vu d'en bas, au zoom





Même lieu : Ludo



Le canyon est là, je l'attends avec impatience, je ne savais pas qu'on pouvait se tenir avec les mains, je découvre, la tâche en est facilitée. Lui succède une rude montée et enfin on est sur l'arête, au pied de la croix.
Déplacement en opposition


Exercice de voltige !

Cette croix domine le village de St Paul de Fenouillet.

St Paul "vu du ciel"

Nous nous y attardons pour observer l'immense paysage et les montagnes au loin.

Pyrénées enneigées


Le majestueux Canigou

Magnifique arête calcaire






De la croix  part une longue, fine et belle arête que nous allons suivre un moment , elle signe les derniers mètres de la Via Ferrata. Je pense qu'on pourrait la poursuivre loin en mode simple balade. A faire.


Passage en crête

Sur la crête, arbustes "taillés" par le souffle puissant du vent



Plante grasse "aux abris"

Très vieil arbre "bonsaïsé" par la nature


Il ne nous reste plus qu'à plonger sur le versant sud, en suivant le sentier de retour dans les buissons.
Un peu plus tard...après l'effort...le réconfort...
Mes vieilles épaules l'ont bien gagné !

Descente en sentier

Le réconfort !!
                                                                      ................................

Mais avant de se quitter (en lecture) je voudrais présenter le concept de via Ferrata que beaucoup ne connaissent pas. La première via ferrata  française date de ...1988, dans les Alpes.

La toute première a été conçue en 1843, en Autriche par un montagnard qui gravit pour la première fois un pic à 2995 m d'altitude.Il en prépara le parcours, qui fut construit en via ferrata, et l'inaugura le 2 septembre 1843 soit 107 ans jour pour jour avant ma naissance.

Une Via Ferrata est un parcours entre randonnée et escalade en ce sens qu'il permet d'aller où nos pas ne peuvent nous mener normalement et franchir ainsi des falaises sans devoir chercher les prises comme en escalade. Juste grimper avec les éléments en place (échelles, câbles, cordes, ponts ou passerelles) en ayant de la force plein les bras et pas le vertige. Et éviter la chute qui malgré l'assurage peut se révéler cruelle pour la charpente. Plus cruelle me dit Ludo qu'en escalade.
Les parcours sont classés de F (facile) à E (extrême) en passant par D (difficile) ED (extrêmement difficile) et autres...

La Voie Panoramique de St Paul : (nous l'avons parcourue en 3h; elle peut être très difficile par vent fort car très exposée à la tramontane)




                                                       


A côté se trouve une petite voie d'initiation pour enfants et débutants, la Pichona
                                                              .............................................

Voilà . A présent, nantis de ces renseignements, je voudrais juste ajouter un conseil pour les seniors qui seraient tentés par l'expérience : j'avoue qu'il nous faut sans doute bien plus d'énergie que pour les jeunes. De la prudence nous n'en manquons pas, mais la force dans les bras est essentielle...Et on ne peut plus reculer quand on est engagés...Alors...Bon vent....

                                                                                        A bientôt sur d'autres sentiers.....Lison

9 commentaires:

  1. le vertige ouh ! que de vertiges , je n'ai fait que çà tout au long de ton récit. et quand je me suis levée de mon siège je l'avais encore hihihihi !!! mais que d'émotions , et je te tire mon chapeau . Tu es imbattable, intrépide et vraiment casse-cou . continues bien tes grimpettes c'est super bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et je l'ai rédigé un peu pour toi, comme je sais que tu m'accompagnes je voulais te donner des sensations fortes : réussi ? Alors aux prochaines... Bises

      Supprimer
  2. C'est encore plus génial à lire qu'à y participer. Mais avec le recul, j'aurai été jaloux de celui qui t'y aurait amené le premier.
    Ah oui, les photos des arbustes, que n'a t'-il fallu pas faire pour disparaitre de la photo....mais chut... ça restera dans le secret des lieux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ton comm me plait beaucoup; tu écris pour des gens qui y vont moi pour des gens qui n'y vont pas alors faut leur donner des sensations fortes, qu'ils attendent, je pense à Colette, Annie etc..Ta 2nde phrase me plait bien hihi. A plus pour de nouvelles aventures et pour que tu sois le 1er

      Supprimer
  3. Ho Amédine ! je suis admirative, je suis heureuse que cette année ce soit terminée en beauté, une séance de kiné bien agréable,c'est superbe.
    Je ne connais que les parcours aventures et je doute être capable de faire ce parcours. Bravo et que cette année vous offre de nombreuses aventures ! Christelle L

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Une séance de kiné...MDR...en plus mon kiné il suit mes pérégrinations sur F Book donc on lui fait de la pub ! Je ne connais pas les parcours aventure : ce sont les arbres ? Cela devrait me plaire aussi. Vous faites de belles choses, j'ai vu la Carança sur votre mur, c'est magique. Bises

      Supprimer
  4. Quel beau parcours ! Je suis admirative, je ne me sens pas capable d’un tel exploit. J’ai bien fait un peu de varappe dans le canyon d’Ordessa mais rien de semblable. Les ponts me paraissent infranchissables, quelle trouille j’aurais s’il me fallait y passer. J’ai frissonné tout le long de ma lecture.... BRAVO !
    Je t’embrasse intrépide Amédine.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est drôle parce que dans la paroi j'ai pensé à toi et je t'y voyais bien. Tu es sûre ? Les ponts se contournent tous. Mais comme ils sont plaisants et faciles (bon on zappe la 1er quand on n'a jamais fait, il fait peur) ça passe tout seul. Il y a la Via Pichona sans ponts pour s'éclater en débutant; ça tu pourrais tenter pour voir. Bises

      Supprimer
  5. Très sympathique façon de terminer l'année !!!
    BRAVO à tous les 2
    Bonne semaine, bisous, câlins

    RépondreSupprimer