mercredi 19 juillet 2017

Le Pic de l' Homme 2464 m (Ariège)

Mon avant dernière randonnée eut lieu au Pic de la Femme (de la Dona, clic), je trouvai donc logique et un brin amusant d'aller saluer le Pic de l'Homme d'autant que ces deux-là n'étaient pas amenés à se rencontrer. Hormis par un vaste séisme...et encore ! Entre les deux j'étais allée au Roc Colom, le Roc de la Colombe, symbole de paix.

Pic de l'Homme vu depuis la cabane
 d' Agnelle Morto 1374 m



Le Pic de l' Homme est en Ariège. Dans mon département, nous avons bien un pic de l'Homme mais il est Mort. Je le connais aussi. Il surplombe l'Ariège. Ils peuvent presque se voir.
Pour aller à ce pic de l'Homme ariégeois, le voyage se mérite : plus de 130 km de routes de montagne, puis une piste forestière de 7.5 km nantie de 14 lacets.
Mais ce mérite est un cadeau : je passe la nuit à Orgeix, en bord d' Oriège, face à la Porteille d'Orlu. Ce fut souvent mon camp de base par le passé.

6 h du matin : Orgeix

Une aube grise encombrée de nuages comme le sont mes poumons par une bronchite épuisante me garantit le repos forcé et nécessaire mais le voile se déchire, le soleil jaillit et moi aussi de mon lit.
Ainsi à 8 h 15, je pose mon camion en bout de piste à 1404 m et je m'enfonce dans la forêt glacée. J'ai l'onglée, il ne doit pas faire plus de 7°.

Presque terminus de la route forestière


Ce n'est pas la première fois que je traverse cette forêt qui a sur moi un étrange pouvoir : celui de me terrifier. Pourquoi ? Je ne saurai jamais rien de la cause de ce malaise énorme qui m'oppressa toute la traversée (200 m de dénivelé) dès la première fois.. Aujourd'hui, la chaîne sera rompue et c'est la sérénité : enfin ! Allez savoir...Oh j'ai fait ma petite enquête mais il ne semble pas que cette forêt soit emplie de sortilèges et de maléfices...

En Ariège, dès qu'on quitte un parking, ça grimpe dur. Prise de dénivelé rapide, c'est bien. Par contre avec ma féroce bronchite installée à domicile, c'est un vrai soufflet de forge que je trimballe ! Et près de 1100 m de D+ sont devant moi.

La forêt est bordée d'un torrent qui cascade joliment, c'est frais et je rencontre même deux timides girolles sous un rocher. Je passe mon chemin.

Au débouché de la forêt, 1636 m, je revois avec plaisir un des jolis coins d' Ariège : un ruisseau, une passerelle de bois, une cabane, et des prairies.

Jasse de Cizarols








Mais aussi le sentier qui monte, monte, au milieu des fleurs et des ruisselets d'eau fraîche. Mon soufflet de forge portatif se transforme en sifflet de marmottes : mais non ne fuyez pas , ce sont mes poumons ! Pas une marmotte n'ose...



Je monte lentement mais sûrement, j'ai déjà compris que j'y arriverai car c'est un grand bonheur cette Ariège retrouvée. Et même si je sais le paysage, le décor, la pente, je sais que ce n'est pas lassant.
De plus allez savoir comment, j'ai la forme !

Dans mon dos le décor s'amenuise : la piste et au fond le St Barthélémy
J'avance au milieu des fleurs et de l'eau dans un désert animal et humain, la vie prend toutes les couleurs. Lentement car je poursuis un but essentiel : ne pas commencer à tousser !
Mes yeux se perdent sur les cimes , sur les éboulis, dans les ravins, je parle à mon père qui ne me répond plus depuis si longtemps. Je me pose pour lui parler car je respire si mal...

Plus très loin de l' Etang

 2076 m : il est là, dans son décor unique, l'étang d' Ayguelongue. Ah il a quelque chose de bien particulier mais il faut prendre de la hauteur pour voir cet unique spectacle.
Vu du bord de l'eau il est sombre.

Etang d' Ayguelongue





Il est cerné de pics quasi inaccessibles mais je cherche déjà et je ne ferai que ça, un moyen d'y accéder. C'est faisable, c'est musclé. Ce sera pour plus tard.Un projet de plus.

J'ai connu Ayguelongue sous d'autres aspects: dans son berceau fleuri un 24 juin 2012

24 juin 2012

Et dans la blancheur glacée du début de l'hiver , sans que le soleil ne l'atteigne jamais; j'avais même osé marcher sur la glace..

Etang d' Ayguelongue et col de la Parade : 11 décembre 2011


De beaux souvenirs attachés à ce site. Malgré ma terreur de cette forêt !


J'amorce la suite du parcours : vers le Pic de l' Homme.. De l'étang un sentier très raide permet de monter au col de la Parade, 2241 m, distance vite franchie car cela monte très dur. Toutefois c'est de là que l'étang prend toute sa dimension et son originalité !
C'est la France vue du ciel qui baigne dans l'eau...

Etang d' Ayguelongue



Jasse de la Parade, Pic de  Nabre , Esquine d' Ase, Madides


Le col de la Parade ouvre sur de vastes espaces où se perd le regard. Je reconnais de nombreux lieux où je suis allée : Madides avec Camille, l' Estagnet et la Porteille des Bésines.


Chemin en crêtes
A présent la partie la plus rude du parcours s'annonce pour moi: non qu'elle soit plus pentue ou plus difficile, mais ma bronchite altère mes forces. J'ai opté pour un rythme qui n'a qu'un seul but : m'éviter de tousser !Je reste concentrée sur cet objectif . Le tracé sur une crête douce est régulier, plutôt pentu mais régulier, je donne donc à mon avancée une régularité de métronome et ça passe.
Je marche sur un sentier bien tracé, bordé de cette pelouse si glissante nommée gispet, le verglas de l'été !




Une idée de la pente 
Et toujours ce sublime décor....




Gispet

Près du Pic de l'Homme, le passage change de direction, un petit passage en crête festonnée et me voici au sommet . J'ai avalé 1070 m de dénivelé sans trop de difficultés malgré mon mauvais état, je lance ma joie au ciel.

2464 m
Voici le pic de l'Homme vu d'en bas (zoom)







Eglantine naine des cimes
Le Pic de l'Homme est absolument désert, j'ai tout loisir d'en faire mon belvédère : vue sur les sommets dans la musique des brebis , bleu des étangs Tort (2216 m)  et Déroun (2133 m), les Pic , Coumes et étangs d'Agnel où s'égayent les brebis, comme le nom l'indique.
Une petite cabane au bord du lac, des flaques bleues, le vent léger et des fleurs jusqu'au sommet ou presque. Instant de grande béatitude.
Je me sens en pleine forme malgré cette invalidante soufflerie , quel dommage !
J'avalerais bien quelques autres sommets !




Etang Déroun (fond gauche) et Etang Tort (1er plan)
Ils sont au dessus du barrage de Naguille

Du sommet j'aperçois une grande partie de mon chemin : voici la piste forestière tout en bas, je distingue même le point minuscule qu'est mon camion.

La piste forestière, la parking, la forêt et la montée dans la prairie ou Jasse des Cizarols


D'en bas, un peu plus tard, ce sera moins saisissant...

La vue en sens inverse

Je quitte mon perchoir et reprends à l'envers exactement le même chemin.
Au col de la Parade, je me pose pour observer longuement les pics de la Girouneille 2374 m et d'Ayguelongue 2394 m  , à la recherche d'un chemin de gispet et d'éboulis qui, un jour, peut être, m'y conduira...Et bien sûr j'ai trouvé. tant qu'à faire on y associera le Pic de la Perdrix 2310 m, les 3 pics qui enserrent de leurs dents la goutte bleue de la France vue du ciel....


Je me lance dans la descente, chemin de fleurs et d'eau sur lequel s'essaient quelques randonneurs un peu tardifs, n'ayant qu'une vague idée du chemin à parcourir, les touristes des montagnes, insouciants et tranquilles.









Je plonge dans la forêt en une petite course que ma bronchite "apprécie fort", je caresse la douce linaigrette ondulant mollement au vent léger : je suis arrivée...

Surprise de ma forme. Dans la soirée et le lendemain ce sera une autre chanson...Mais cela valait bien la peine de jouer cette partition!


Linaigrette




En chiffres
Dénivelé : 1070 m
Temps de marche ...?? 
Distance : 11 km environ

jeudi 13 juillet 2017

Histoire d'eaux


Tout a commencé là, à Port Vendres, dans une aube bleutée émergeant d'une nuit paisible sur le port. Avec Mathurin, grand chat voyageur fatigué qui a veillé au départ des barques de pêche dans la nuit. Nous partons sur la route minuscule du Cap Béar espérant un lever de soleil somptueux sur les flots, mais une grande barre de nuages mettra la barre fort haut pour le soleil qui devra la franchir en jouant à saute mouton. N'empêche, c'est beau. Mathu promène son nez à ras du sol dans le parfum invisible mais très présent des herbes séchées; c'est superbe. Face à Port Vendres.



Mathurin face à Port Vendres


Autres monstres marins 



Barrière d'or

La mer est étale et j'entends les petits moteurs et les voix des pêcheurs qui montent à moi. Puis le soleil caresse d'or tout ce qu'il touche, le jour va s'installer. Nous rentrons à la maison : le petit dej' des 6 chats n'attend pas !

D'or et de cuivre : la Grande Bleue
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Un peu plus tard, sans chat, je reprends la route direction une autre extrémité du département, là où Aude et Pyrénées Orientales se rejoignent, les Gorges de Galamus. Et leurs eaux douces.

Un phénomène géologique courant dans les pays calcaires, unique quand on l'a chez soi. Et il est chez nous, l'Aude s'arrête juste avant.  Elle nous prête la rivière Agly pour ce canyon. Des parois de 500 m, une largeur de quelques mètres à peine, 1.5 km de long, des roches pâles et une eau verte...attention il sait se fâcher aussi. Un petit Verdon !
L'été c'est le paradis des sports d'eau, parcours d'initiation dès 6 ans, avec moniteurs. C'est pourquoi j'ai pris rendez vous.
Depuis la route en corniche

Aucun sentier pédestre ne parcourt le canyon, on en a les plus belles vues de puis la route.
Ah la route !
Creusée fin 19 eme siècle, mise en service en 1892, ce furent des hommes pendus au bout de cordes et munis de pics et barres à mine qui ouvrirent la voie. Drôles de pionniers volants qui voulaient ouvrir une voie d'échange entre St Paul de Fenouillet et Cubières sur Cinoble, entre deux régions.
Cette route interdite à moults véhicules est réglementée l'été avec des feux et la parcourir au moins une fois donne un petit frisson. A noter qu'une petite navette électrique permet de faire le trajet pour un euro. Sinon, c'est à pied et sans danger aucun. C'est magnifique.



La partie supérieure des gorges permets aux familles et amateurs de baignade de "s'éclater" dans bassins et cascades. Les téméraires descendent à pied jusqu'à la sortie. Equipés de préférence.

Et bien moi, en attendant de vous emmener en canyoning (à pied) je vais vous faire descendre au coeur de la gorge et pourquoi pas remonter un peu le fil de l'eau.

Tous descendent et bien moi je vais remonter !

Au coeur de la falaise depuis la nuit des temps voici l'habitat d'un ermite  dans une grotte qui  s'est transformée en ermitage au 15 eme siècle: St Antoine de Galamus. Original et utile puisqu'il guérit en l'an 1782  les habitants de la région de la "sudette". Vous ne connaissez pas ? Moi non plus mais j'ai trouvé sur Wikipédia: fort instructif et original ce mal. Après la Révolution l'ermitage fut déserté et en 1821, visité par le peintre allemand Melling: voici son regard.
Galamus en 1821 vu par Antoine Ignace Melling

L'ermitage fut réhabilité en 1843.
Il est très visité en été.
Ermitage St Antoine accroché à sa muraille

L'accès est facile par un joli sentier mais juste avant, ce panneau m'invite...à descendre (je ne comprends pas l'allemand pas vrai ?).

Tout au fond coule l' Agly





Magnifique, vertigineux et étroit


C'est raide et plus encore, un vrai couloir, 43°, en 60 m on descend 40 m de dénivelé. Pour finir dans l'eau ou presque des marches sont taillées dans le rocher et d'un saut on évite l'eau.
Je suis au fond, c'est la fraîcheur, la couleur, le calme, pas le silence certes. Deux jeunes gens paressent sur les rocs, je m'éloigne un peu pour découvrir.
Vers l'aval : interdit





Vers l'aval on ne passe pas sinon à la nage. Vers l'amont ? Ah...les jambes me démangent...Je n'ai qu'une demi tenue de bain, je ne peux donc me mouiller trop haut. Sotte que je suis, le maillot dort au parking.


J'enfile des chaussons je protège ma main récemment opérée et, dans l'eau, je remonte  sur quelques dizaines de mètres.

Tout au bout mon terminus




Le chant de l'eau



C'est somptueux, le haut est sans fin, l'eau transparente est fraîche sans trop, les roches ne glissent pas trop, je me contorsionne pour éviter l'eau aux épaules et un gros rocher lisse nanti d'un trou d'eau trop profond barre ma route. Dommage.
Je ferai le chemin deux fois : j'ai une lourde responsabilité à la 2 nde je transporte mon APN, souvenons nous, le précédent a péri noyé dans la neige !
Tout est bien qui finit bien, c'est un début à tout et je vous convie début août au chemin à l'envers sur 1. 5 km, avec un appareil photo protégé !




La route de l'eau

Muraille

Le figuier


Le laurier sauce



Pendant un grand moment je suis seule au fond et j'écoute. J'écoute l'eau  mais aussi les rossignols dont les chants se répercutent dans les parois de roche grise et puis les milliers de cigales, jusque là elles sont! Les arbres et les végétaux se contorsionnent, à flanc de falaise, cherchant le jour et la lumière, cherchant l'eau : figuiers, saules, buis, chênes verts et sabines, une variété terriblement toxique, voire mortelle  de genévrier.




Lorsque je quitte mon perchoir aquatique c'est pour arpenter l'aérien, la petite route et voici un avant goût de début août  ...mais ce qui m'intrigue c'est la partie cachée, sous la route et les falaises...



C'est limite...

Ah je crois qu'on va bien se marrer ....






Et j'ai lu que dans ce parcours étrange se trouvent de non moins étranges sources d'eau chaudes...assurément peu fréquentées...