dimanche 10 septembre 2017

L'escapade tarnaise de Nina et Mathurin

C'était il y a ...longtemps ? La dernière sortie, à la veille du 15 août; on vous raconte.
 Pas triste !

En voiture  les Voyageurs !

MathurinElle avait un lumbago qui faisait juste suite à son entorse donc tout le monde lui disait "Repose toi". Vous la connaissez : se reposer c'est rouler. Et nous voilà partis, elle, bancale,  avec sa canne et le camion, nous on avait nos cages au cas où...
Nina : Où quoi ? Qu'elle doive nous abandonner en route à un refuge ?
Mathu: Une éventualité ma chère....pendant que le SAMU l'embarquerait .

Nous :On n'a pas fait 1 km qu'elle nous fait déjà le coup de la panne. Nous, ça avait commencé par un concerto en Chat Majeur, l'Allegro ça nous allait En réponse son camion s'étouffe, s'étrangle et cale. Même pas le temps d'arriver à la station.
Heureusement elle se connait et a un bidon. Allez c'est reparti, sympa ce camion qui ne se désamorce même pas pour lui faciliter la vie. Et la nôtre aussi.


St Marcel d' Aude
Mathu : "Un saut de puce" et on est au canal du Midi
Nina : " Les puces parle pour toi ! "
Mathu : Pfff ces filles...Elle nous dit "on est au Somail"
Moi : Le Somail c'est un ancien grand port de commerce du canal du Midi, il est aujourd'hui uniquement touristique, juste des bateaux de plaisance; il y a encore les vieux bâtiments du 17 eme siècle et surtout tous les platanes immenses sont morts; c'est triste, sec, pelé, sinistre et empoussiéré au possible. Pas le bon choix j'ai fait de ce désert blanc empesé de soleil. C'était si beau, avant...
Le Somail, Canal du Midi, près de Narbonne


Le Somail du temps des beaux platanes

Nous : blanc mais bruyant, ça parle plein de trucs qu'on connait pas (Espagnol et Anglais NDLR)

Postures félines

Nina :  Mais regarde-la ! Pour ouvrir sa bouteille de vin elle a cassé deux tire bouchons, abimé un couteau et elle y va à la pince multiple . Elle finit au tournevis avec un roc pour enfoncer le bouchon...C'est fou ça !



Moi : Panne de camion, panne de bouteille quelle sera la 3 eme ? Un repas sans vin ...mais ça m'énerrrrve !! Et en plus, plein de liège le vin, j'en ai jeté !

Des vélos partout


Allez on est repartis. Direction le Tarn. L'été est surchauffé , empoussiéré, jaune et sec dans le midi, je veux de l'eau, du bleu, du vert, du frais. Et ça commence là ! Ah je respire d'un coup.

En Hérault

Moi : Eh les chats on arrive au Somail !
Nous : au Sau... quoi ??
Moi : oui encore un Somail: cette fois c'est une région en altitude, 900 m, au nord de l'Hérault, très boisée, chênes , hêtres et châtaigniers, fraîche, touristique, reposante. Il y a un beau lac que je ne connais pas, on y va à pied: je vous laisse à l'ombre de ce Somail là.
Forêt du Somail : Hérault
Je roule un moment en forêt avec deux chats curieux et confiants, contents même. Je découvre une ancienne grange semi ruinée que je visite de fond en comble, elle a du être belle autrefois, du temps où la forêt était exploitée. Puis je file au lac, je marche bien, sans douleur dans un paysage granitique couvert de mauve bruyère. Un peu d'acrobatie pour voir le Saut de Vesoles : c'est la rivière qui se jette en cascades et en gorges sur 700 m de haut, je ne verrai pas grand chose sans crapahuter, dommage, une autre fois j'en ferai le but d'une rando.

Extérieur

Intérieur

Lac deVesoles

Saut de Vesoles

Les deux confiants m'attendent, on n'ira plus très loin j'ai choisi ma destination Tarnaise: le Barrage du Laouzas. Construit par EDF entre 1961 et 1965, ce barrage a noyé deux vallées occupées par une vie agricole et des fermes. Rien n'a été englouti, sauf les routes, tout a été rasé avant la mise en eau: fermes, cultures, arbres. Quelle tristesse ce devait être pour les habitants, sous ce paysage bleu, vert riant et paradisiaque où je pose mon camion, mes chats et mon lumbago.

Villelongue est un des villages du pourtour et le promontoire de l'église nous ferait un joli hôtel belvédère . Mais ce soir c'est messe et procession orchestrés par un "curé pas commode". Alors nous partons juste en face à la base de loisirs.
Le lac de barrage vu de Villelongue


Depuis la rive en face, Villelongue


Notre camp de base, en bord de lac
Nina : "Parle pour toi "loisirs" !  LA !!!
Mathu : Et LA !!!
Moi : Sots que vous êtes ,c'est CA, qui vous fait miauler LA ???

Mathu et ce qui le terrifie

Nina et ce qui la terrifie


Nous : c'est notre voyage notre sortie alors quand même pour lui faire plaisir on en profite. C'est calme, beau, il y a trop d'eau mais chacun en fait ce qu'il veut. Mais faut pas nous forcer à voir CA !
Moi : "Encore !"
Mathu : moi je regarde ça d'en haut et même bien caché, ça me rassure
Nina : je veux bien aller voir de plus près . T'as loupé un truc de fou ! Plein d'oiseaux sur l'eau qui poussent de ces cris ! ça me fascine ...




La soirée est douce au bord du lac : apéro pour les camping caristes, repos pour les bateaux, quelques pêcheurs qui s'attardent, des rires, des conversations, une barque qui glisse, l'air tiède qui fait frissonner les arbres, oui c'est le repos. Un petit repas entre chats, écriture, musique ..."Repose toi " on m'a répété.





Ecriture...





La nuit tombe, éclairée par la lune . Lac immobile, pas un bruit, juste les ronrons









Un petit matin plus tard réveil en douceur. La vie de retraités...
La matinée passe  sans bouger. Lecture, balade au bord du lac. Du repos on m'a dit...
Sauf que au bout d'un moment : y en a marre du repos !!!

Moi : allez, on bouge : un petit restau ?
Le temps passe...Ah plus facile de trouver de l'eau et des canards qu'un restau et bien ce sera festin camion et traiteur.
Nous : on est contents parce qu'ici au moins on va pouvoir se balader. C'est ta sortie ou la nôtre ??

Sur un bord de route surchauffé on installe le pique nique. Ces messieurs dames délassent leurs pattes, mâchouillent de l'herbe (je sais ce qui m'attend) et découvrent l'impensable dans la forêt : la montagne qui rame .
ça s'machouille

L'Aveyron qui rame




Moi : on est en Aveyron , non les montagnes ne font pas de l'aviron c'est juste le vent qui souffle dans les éoliennes.


Nous : ???


Aveyron par là
Aveyron par ci...






Nous : Et elle nous offre une de ces siestes à l'ombre près d'une rivière où elle est partie se baigner. ON EST BIEN.
On aurait pu rester bien mais au réveil elle nous refait le coup de la panne . Et grave çuilà ! Cette fois c'est elle qui est en panne, dos bloqué . Alors là, grosse panique. Elle peut plus se lever, sortir du lit, conduire, marcher. On est verts de peur !

Elle se traîne à son volant et nous reloge au lac qu'on pensait avoir bien quitté . Elle nous rassure (tu parles !):" il n'y a pas de réseau donc si je ne peux plus bouger il y a du monde et je pourrai crier au secours!".
Et la nuit passe...Là  ça va mal...

Sur fond de lac

Moi : quelle galère !Pas bouger, pas marcher, pas me lever du lit, crier de douleur et ceci à 200 km de la maison ?
Nous : Quelle galère, quelle nuit, quel matin ! Pourvu que nos cages ne servent à rien...
Moi, ironique : Même le dragueur du lac qui hier me promettait une vie charmante s'enfuit (à petits pas de "vieux") en me voyant infirme ... A quoi j'ai échappé se dit il ! A qui j'ai échappé me dis-je !

Brumes matinales : je reviendrai en automne

Dubitative

Au chaud sous la couette

Enfin bourrée de calmants et cortisonnée à fond je reprends la route.

Nous : Pourquoi faire simple ? Elle ne peut pas marcher et s'en va encore "voir Nages" nous dit elle .

Nina : Voir Nages alors qu'elle ne peut pas marcher elle va nager?

Mathu: Non c'est un très beau village que Nages
Façon icônes, fresques de 2005

Images de Nages

Eglise de Nages

Me traînant avec ma canne et quelques gémissements étouffés je redécouvre ce Nages que j'avais oublié : un des très beaux villages d'ici. Dans la foulée, au point où j'en suis, je réserve une place au restau . On n'est plus à une heure près...

Et là se produit l'impensable !!!

Sur la place de l'église, soudain Nina saute du camion et s'en va. Je ne peux presque pas marcher, la panique me submerge : comment faire ? La Demoiselle s'éloigne d'un pas tranquille...Panique à bord !
Mathu : Mais Nina où tu vas ?
Nina  moqueuse :je vais nager !

Incapable de bouger sans crier de douleur, j'appelle à mon secours trois employés municipaux et là commence la plus étonnante chasse au sanglier qui soit : ce serait comique si je n'étais si invalide. Posément et efficacement, ils rabattent Nina vers le camion sauf que, la porte étant ouverte, Mathu pointe un nez curieux suivi d'un corps aventureux. Vite je referme la porte et oubliant mon dos je plaque Nina au sol comme en terrain de rugby,  dans un hurlement de douleur qui me maintient collée au sol. Un des sauveteurs, sapeur pompier de son état, rapatrie prestement Nina dans le camion et me relève en douceur. Quelle épopée !


Au restau chez mon homonyme (on porte le même nom)

La suite est simple. Imaginez une épave en larmes se traînant au restau en rasant les murs, ravalant ses larmes en même temps qu'avalant un repas qui passe presque inaperçu, sous les yeux bienveillants des trois sauveteurs prêts à me porter jusqu'à mon volant. C'est rassurant...

 Puis les 200 km de route sans bouger, juste sanglée sur mon siège, 2 h 1/2 sans encombre, veillée de près par deux chats inquiets mais confiants...ils ont échappé au pire...

Route du Tarn

La Salvetat sur Agout

Repos sur petites routes


Derniers km : "Ouf ! on respire, on a échappé au pire! "


Je ne savais pas, alors, que, pour moi,  le pire serait à venir....






lundi 28 août 2017

Vendanges : saison 17

Une saison en Enfer !

De pire en pire. Côté météo, le dérangement climatique est sensible d'année en année, les récoltes se réduisent, s'étiolent, se font de plus en plus tôt sous un temps insupportablement chaud, lourd et éprouvant.
Alors si la vigne a modifié un peu son cycle, l'homme a beaucoup modifié le sien.
A gauche le bébé raisin, à droite à maturité
Nous avons pris le rythme de travailler seulement le matin, style journée continue avec pause de demi heure dans la matinée et arrêt à 13 ou 14 heures.

Les caves rentrent ainsi un raisin relativement"frais" et pas encore "bouilli" par l'ardeur du jour.

Cave coopérative

Les machines travaillent volontiers de nuit et certaines caves coopératives ont changé leurs horaires.


Penché dans sa machine, à l'aube, le machiniste trace son chemin
En ces quelques dernières années le paysage agricole s'est modifié, vignes moins vertes , beaucoup de feuilles mortes et même dépérissement des ceps : faut dire que nous sommes dans le sud du sud et en coteaux sans arrosage...Le paysage n'est pas beau....Sauf près de la mer, bien sûr...ah ce décor....

Banyuls sur Mer

Le paysage humain aussi a changé; ce n'est pas moins festif mais l'épaisse et collante chaleur n'incite guère aux chants , plaisanteries et autres rires, on garde son énergie "au frigo " du corps.

Paysage sec, défraîchi
Quant à moi ? Infirme cette année, je suis privée de vigne, de vendange, de conduite, et même de déambulations entre les rangées; je fais quelques incursions en pesant sur ma canne, appareil photo en main pour immortaliser l'année 17. Où est donc la montagnarde qui s'éclatait sur les cimes , réduite à cette ancêtre qui semble faire "les vieux d'autrefois allant à petits pas, courbés sur leur bâton, encourager les vendangeurs et que l'on regardait avec indifférence?". Je savoure amèrement et aigrement ma vieillesse provisoire j'espère. Mais les vendangeurs ne me regardent pas avec indifférence : on est quasi de vieux amis de longue date. Baroudeurs au long cours dans les rangées de vignes

Dans la benne
Alors j'ai eu l'envie de faire un petit kaléidoscope pour présenter la vie du raisin en puisant dans les archives de ce blog et les reportages que j'avais faits en 2013 sous les titres "balades en vignes".



De l'hiver au printemps : les différentes phases, de la taille à la naissance du bourgeon,
 puis la floraison et la "nouaison" ou formation de la grappe
Dès la naissance du bourgeon le raisin est lové dans son berceau de feuilles duveteuses


Juillet : il prend de la couleur, c'est la "véraison" et puis il mûrit jusqu'à la récolte, 9 mois se sont écoulés, une vraie grossesse !


Dans ma très vieille vigne centenaire la poésie et les affres du temps passé sont inscrites sur les ceps tourmentés mais la couleur est au rendez vous : certains cépages nous sont inconnus, que savaient nos anciens. C'est la vigne du grand père que je n'ai pas connu, gazé voilà ...100 ans.




Il sourirait de voir sa petite fille inconnue marcher à petits pas de cet âge qu'il n'atteignit jamais...


Le sang de la vigne coule à flots, tandis que les rafles, la charpente du raisin, s'envolent dans les airs comme des corps morts

Comme une goutte de sang frais sur la benne


Egrappage

Un corps mort, la colonne vertébrale du raisin

Toutefois, ni la chaleur, ni la brûlure du soleil ni la petitesse des récoltes réduites de moitié ces dernières années n'entachent le moral et en attendant le repas de fin de vendanges, une petite collation...n'est ce pas ...est de bon ton.

















Sans oublier les libations ! Car n'oubliez pas : 9 mois pour en arriver là !